DIMENSION SENSIBLE
Une Philosophie de l'espace centrée sur le vivant
Inversement, la spatialité japonaise
Elle ne cherche pas la "démonstration" visuelle mais l'expérience sensorielle.
Met en avant l'homme naturel topologique, qui privilégie une vue en deux dimensions associée au parcours (KÖTEI), et qui conçoit l'habitat de l'intérieur vers l'extérieur.
Elle se "déroule" donc comme un rouleau de parchemin à mesure que l'on avance dans l'espace, jouant sur l'ombre, le flou et l'impermanence.
L'espace de la maison japonaise est ainsi organisé autour de celui qui l'habite, s'adaptant à ses sensations kinesthésiques (UNDOKANKAKU) et à ses besoins quotidiens.
L'architecture occidentale
Elle est traditionnellement "oculaire" (centrée sur l'œil) et géométrique.
L'espace est conçu comme un volume géométrique vide, centrée sur une vue en trois dimensions. On privilégie la forme et le volume de l'édifice. Le bâtiment est un "objet" fini, autonome, posé sur le sol.
Pour répondre à cette approche sensible, l'habitat doit être conçu comme un organisme vivant, évoluant avec ses occupants, doté d'espaces modulables et d'ouvertures favorisant un lien permanent avec l'extérieur (NAKA-SOTO).
QUELQUES CONCEPTS DE SPATIALITÉ JAPONAISE…
間 MA (Intervalle Espace-Temps)
Un des concepts les plus fondamentaux.
Pour simplifier sans le trahir : le MA est l’espace-temps entre les choses, l’intervalle qui donne sens à ce qui l’entoure.
Le vide, la pause, l’intervalle, l’espace, le temps entre deux événements
Le MA n’est pas un vide mort, mais un vide vivant, intentionnel, qui structure la relation entre les éléments.
Le Japon excelle dans les espaces intermédiaires :
engawa (coursive en bois semi-extérieure)
hisashi (débord de toiture)
naka-niwa (jardin intérieur)
naga-soto (espace extérieur abrité)
genkan (entrée abaissée)
Chacun est porté par le MA : des transitions ni totalement dedans, ni totalement dehors.
cadre les perspectives,
hiérarchise les fonctions,
met en valeur un objet ou une matière,
crée de la tension ou de la douceur.
自然 SHIZEN (la naturalité, l’état de ce qui “va de soi”)
Ce n’est pas simplement “la nature”, mais une manière d’être au monde fondée sur la spontanéité, la simplicité et l’absence d’artifice.
On ne cherche pas à dominer la nature mais à se laisser traverser par elle.
Fenêtres cadrées, transparences, jardins internes, SHAKKEI (paysage emprunté)…
tous participent au SHIZEN.
Dialogue permanent avec le paysage
Respect des matériaux dans leur état originel
Fluidité de l’expérience
Perception des saisons
奥 OKU (Le “fond”, la profondeur intime, le cœur caché de l’espace)
On pourrait dire que l’Oku est la destination intérieure d’un parcours, l’endroit où l’on arrive après avoir franchi plusieurs seuils, plusieurs couches spatiales
Ce qui est précieux n’est jamais donné immédiatement.
On accède à l’Oku en cheminant, en s’ouvrant, en ralentissant.
On ne passe pas de l’extérieur au cœur directement → on traverse des couches successives :
genkan → engawa → pièce → alcôve…
En architecture contemporaine, l’OKU prend la forme :
D’un cœur végétal ;
D’un patio intérieur ;
D’un espace calme en retrait ;
D’un vide central protégé…
Il existe bien d’autres notions issues de la spatialité japonaise et de la dimension sensible de l’habiter que je ne peux détailler ici tant elles sont subtiles et profondes.
Parmi elles :

